En 2018, la France a cessé de rembourser la galantamine, un médicament utilisé pour traiter la maladie d'Alzheimer, le jugeant insuffisant. Cependant, une récente découverte de l'Université du Québec à Trois-Rivières pourrait changer la donne. Cette avancée scientifique ouvre la voie à une production potentiellement plus accessible de cette molécule.

Les Points Clés

  • La galantamine, autrefois remboursée en France, n'est plus prise en charge depuis 2018.
  • Des pays comme la Belgique, l'Allemagne et le Royaume-Uni continuent de prescrire ce traitement.
  • Une nouvelle méthode de production, utilisant une plante cousine du tabac, a été développée au Québec.
  • Cette découverte pourrait résoudre les problèmes de fragilité et de coût liés à l'extraction de la galantamine à partir de bulbes de plantes.

Un Médicament Déremboursé en France, Mais Pas Ailleurs

La galantamine, connue sous le nom commercial de Réminyl, a été prescrite en France pendant près de deux décennies pour soulager les symptômes de la maladie d'Alzheimer. En août 2018, la Haute Autorité de Santé a décidé de ne plus la rembourser, estimant son service médical rendu insuffisant. Malgré le rejet d'un recours par le Conseil d'État, le médicament reste disponible sous forme de génériques et continue d'être utilisé dans d'autres pays européens où son rapport bénéfice-risque est jugé favorable.

Les Défis de la Production Traditionnelle

L'extraction de la galantamine pose des défis majeurs. La molécule est présente en très faibles quantités dans les bulbes de plantes comme le perce-neige, la jonquille ou la nivéole d'été. Pour obtenir un kilogramme de principe actif, il faut traiter des dizaines de tonnes de bulbes, une source rare, saisonnière et sujette aux aléas climatiques. La synthèse chimique en laboratoire s'avère également coûteuse en raison de la complexité stéréochimique de la molécule.

La Percée Québécoise : Une Nouvelle Voie de Production

Une thèse soutenue à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) le 8 avril 2026, par Basanta Lamichhane, sous la direction des professeurs Isabel Desgagné-Penix et Hugo Germain, propose une solution innovante. L'équipe a réussi à reconstituer la cascade d'enzymes responsable de la production de galantamine dans une plante plus facile à cultiver et plus productive : le Nicotiana benthamiana, une cousine sauvage du tabac. Cette plante, couramment utilisée comme "usine biologique", a permis de reproduire plusieurs étapes de la biosynthèse de la galantamine.

Un Réseau Métabolique Complexe et des Perspectives Futures

Les recherches ont révélé que la production de galantamine repose sur un réseau de réactions biochimiques complexes, offrant plusieurs voies de synthèse. Cela représente un avantage pour les biotechnologistes, permettant plus de flexibilité industrielle. Un obstacle potentiel, la production naturelle de nicotine par la plante, pourrait être résolu grâce à des lignées modifiées par CRISPR, développées par une équipe européenne, qui réduisent significativement cette teneur.

L'Enjeu pour les Patients Atteints d'Alzheimer

Cette avancée est d'une importance capitale pour les 1,4 million de Français vivant avec la maladie d'Alzheimer ou une maladie apparentée. Bien que la galantamine ne soit pas une guérison, une production plus stable et potentiellement moins coûteuse pourrait garantir la disponibilité d'un traitement, même imparfait, face à une maladie dont le nombre de cas devrait doubler d'ici 2050. Le passage du laboratoire à l'industrie nécessitera encore plusieurs années pour optimiser le rendement, valider la pureté et obtenir les autorisations des agences sanitaires.

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