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Santé

Alzheimer : la France a déremboursé ce médicament en 2018, mais une découverte récente peut tout changer

En 2018, la France a déremboursé quatre médicaments contre Alzheimer, dont la galantamine — une décision que ses voisins européens n'ont pas suivie. Une thèse québécoise publiée en mai 2026 rouvre le dossier par un chemin inattendu : la biosynthèse végétale.

VENDREDI 8 MAI 2026·Par Fabrice Crozier

Une boîte de médicaments ancienne, étiquette manuscrite à moitié décollée, posée sur une table en bois clair près d'une fenêtre dont la lumière du matin traverse les vitres légèrement embuées.
Illustration générée par notre rédaction.

La décision avait été tranchée, administrative, presque silencieuse. En août 2018, la Haute Autorité de Santé retirait du remboursement quatre médicaments prescrits contre la maladie d'Alzheimer — le donépézil, la rivastigmine, la mémantine, et la galantamine. Motif officiel : un service médical rendu jugé insuffisant. La controverse, elle, ne s'est jamais vraiment tue.

Une molécule mise sur la touche

La galantamine n'est pas une molécule récente. Extraite à l'origine du perce-neige et de certaines espèces d'amaryllidacées, elle est utilisée en neurologie depuis les années 1990. Son mécanisme est bien documenté : elle inhibe l'acétylcholinestérase, l'enzyme qui dégrade l'acétylcholine, un neurotransmetteur dont le déficit est associé aux troubles cognitifs caractéristiques d'Alzheimer. Elle agit aussi comme modulateur des récepteurs nicotiniques, ce qui lui confère un profil pharmacologique distinct des autres inhibiteurs de la même classe.

Pendant des années, elle a figuré dans l'arsenal thérapeutique de première intention. Puis la HAS a conclu que les bénéfices mesurés dans les essais cliniques — amélioration modeste de la cognition, stabilisation temporaire des fonctions quotidiennes — ne justifiaient pas le maintien du remboursement. Une position que la Belgique, l'Allemagne et le Royaume-Uni n'ont pas adoptée. Ces pays continuent de prescrire et de rembourser ces mêmes molécules, au nom d'un principe simple : en l'absence de traitement curatif, tout ralentissement de la progression vaut.

Ce désaccord entre voisins européens n'est pas anodin. Il dit quelque chose sur la façon dont on évalue l'utilité d'un médicament quand la maladie qu'il combat reste, à ce jour, incurable. La France a choisi la rigueur méthodologique. D'autres ont choisi de ne pas laisser les patients sans recours, même imparfait.

Ce que change une thèse québécoise

C'est dans ce contexte qu'une thèse soutenue à l'Université du Québec à Trois-Rivières, publiée le 7 mai 2026, vient déplacer le débat. Non pas sur le terrain clinique — la question de l'efficacité thérapeutique reste entière — mais sur celui de la production.

L'un des arguments qui avait pesé dans la décision française était économique autant que médical : la galantamine est difficile à produire. Extraite de plantes dont la culture est contraignante et le rendement faible, elle reste coûteuse à obtenir en quantité suffisante. La synthèse chimique totale existe, mais elle est complexe et peu rentable à grande échelle. Résultat : une molécule dont le prix de revient limite l'accessibilité, dans un système de santé qui raisonne par rapport coût-bénéfice.

La thèse québécoise ouvre une autre voie. Les chercheurs ont travaillé sur la biosynthèse végétale de la galantamine dans une plante de la famille des solanacées — une cousine sauvage du tabac. L'idée est d'identifier et de transférer les gènes responsables de la chaîne de biosynthèse de la molécule dans un organisme végétal plus facile à cultiver, plus productif, moins exigeant. Si la voie se confirme, la production pourrait devenir significativement moins chère et plus accessible.

Ce type de recherche s'inscrit dans un mouvement plus large. Depuis une quinzaine d'années, la biologie synthétique et la biologie végétale moléculaire ont permis de reproduire dans des organismes hôtes des molécules jusqu'alors difficiles à obtenir — de l'artémisinine contre le paludisme à certains alcaloïdes anticancéreux. La galantamine, structurellement complexe, avait résisté à ces approches. La thèse de Trois-Rivières suggère que ce verrou commence à céder.

Rouvrir le dossier

Faut-il en conclure que la France devrait revenir sur sa décision de 2018 ? La question est légitime, mais prématurée. Une thèse universitaire, aussi rigoureuse soit-elle, n'est pas un essai clinique de phase III. Le chemin entre une voie de biosynthèse prometteuse et un médicament produit industriellement, évalué, autorisé et remboursé, se compte en années — souvent en décennies.

Ce que cette découverte change, en revanche, c'est la nature du débat. Si le coût de production de la galantamine pouvait être divisé par un facteur significatif, l'un des arguments centraux du déremboursement perdrait de sa substance. La HAS devrait alors réévaluer le rapport bénéfice-risque dans un nouveau contexte économique. Ce n'est pas une révolution thérapeutique. C'est une modification des conditions du calcul.

Pour les personnes concernées — malades et proches — cette nuance n'est pas abstraite. Depuis 2018, la galantamine reste disponible en France sur ordonnance, mais à la charge du patient. Son prix varie selon les formes et les dosages, mais il représente une dépense mensuelle réelle pour des familles qui assument déjà un coût humain et logistique considérable. Que la molécule soit imparfaite, tout le monde en convient. Qu'elle soit la seule option disponible pour certains patients, c'est aussi un fait.

La recherche sur Alzheimer avance sur plusieurs fronts simultanément. Les anticorps monoclonaux comme le lécanemab ou le donanemab, récemment autorisés aux États-Unis, représentent une rupture conceptuelle — ils s'attaquent aux plaques amyloïdes plutôt qu'aux symptômes. Mais leur accès en Europe reste limité, leur coût est prohibitif, et leurs indications strictement définies aux stades précoces. Dans l'intervalle, les inhibiteurs de la cholinestérase restent, pour beaucoup, le seul traitement disponible.

C'est peut-être là l'essentiel de ce que rappelle cette thèse québécoise : les décisions de remboursement ne sont jamais définitives. Elles sont prises à un moment donné, dans un contexte donné. Quand le contexte change — scientifique, économique, thérapeutique — les décisions peuvent changer aussi. Il faut simplement que quelqu'un pose la question.

Source : SeniorActu.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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