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JEUDI 5 NOVEMBRE 2026N° 147
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Finances

Budget 2027 de la Sécu : les sénateurs veulent revaloriser les retraites jusqu'à 1 500 euros, ce que gagnerait votre pension de base en janvier

Le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 maintient un gel des retraites modestes que le Sénat cherche à corriger — en relevant le seuil d'exonération de 1 200 à 1 500 euros. Un arbitrage encore fragile, dans un parcours budgétaire qui l'est tout autant.

JEUDI 5 NOVEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Budget 2027 de la Sécu : les sénateurs veulent revaloriser les retraites jusqu'à 1 500 euros, ce que gagnerait votre pension de base en janvier
Photographie : senioractu.com

Geler les retraites modestes pour redresser les comptes de la Sécurité sociale : la mesure est dans le projet de budget depuis plusieurs semaines, et elle résiste. L'Assemblée nationale a rejeté le texte, mais le gel, lui, est resté dans la discussion. C'est au Sénat que la ligne bouge : les sénateurs proposent de relever le seuil en dessous duquel la revalorisation de janvier s'appliquerait pleinement — de 1 200 euros à 1 500 euros bruts par mois. Une correction qui concerne plusieurs millions de retraités, et dont le sort dépend encore d'un vote en hémicycle, puis d'une navette parlementaire à l'issue incertaine.

Ce que le gel signifie concrètement

Chaque année en janvier, les pensions de base du régime général sont revalorisées en fonction de l'inflation mesurée sur l'année écoulée. Ce mécanisme, inscrit dans la loi, vise à préserver le pouvoir d'achat des retraités face à la hausse des prix. Le projet de budget 2027 prévoit d'y déroger : les pensions dépassant un certain seuil ne bénéficieraient d'aucune revalorisation en janvier, ou d'une revalorisation partielle décalée dans le temps.

Dans la version initiale du gouvernement, le seuil retenu était fixé à 1 200 euros bruts mensuels. En dessous : revalorisation pleine et entière. Au-dessus : gel. Une pension de 1 300 euros — soit à peine plus que le seuil — se retrouvait donc privée de hausse, quand une pension de 1 100 euros la percevait intégralement. L'effet de seuil était brutal, et politiquement difficile à défendre.

Les sénateurs ont jugé ce curseur trop bas. Leur amendement le déplace à 1 500 euros bruts. Ce n'est pas une remise en cause du gel lui-même — les pensions au-delà de 1 500 euros resteraient bloquées — mais un élargissement significatif du périmètre protégé.

Ce que cela représente en euros

Le taux de revalorisation applicable en janvier dépend de l'inflation constatée. Sans anticiper le chiffre définitif, on peut raisonner sur une hypothèse de l'ordre de 1,5 % à 2 %, fourchette cohérente avec les tendances récentes de l'indice des prix à la consommation en France.

Sur une pension de 1 300 euros bruts, une revalorisation à 1,8 % représente environ 23 euros supplémentaires par mois, soit près de 280 euros sur l'année. Sur 1 450 euros, le gain mensuel approcherait 26 euros. Des montants qui peuvent paraître symboliques vus de loin, mais qui comptent quand le budget mensuel ne laisse guère de marge — loyer, charges, mutuelle, alimentation.

Ce sont précisément ces retraités-là — ni pauvres au sens des minima sociaux, ni à l'aise — que la proposition sénatoriale entend protéger. Trop souvent oubliés des dispositifs d'aide ciblés, trop modestes pour absorber sans dommage une année blanche sur leur pension.

Un parcours budgétaire semé d'embûches

La proposition des sénateurs doit encore franchir plusieurs étapes. Le vote en séance publique au Sénat, d'abord. Puis la commission mixte paritaire, où sénateurs et députés tentent de trouver un texte commun. En cas d'échec — fréquent sur les budgets sociaux ces dernières années — l'Assemblée a le dernier mot.

Le contexte politique ne simplifie rien. Le budget de la Sécurité sociale a déjà été rejeté une fois par l'Assemblée, signe d'une majorité introuvable sur les arbitrages les plus sensibles. Le gel des retraites est l'une des mesures les plus contestées du texte, y compris au sein des groupes qui soutiennent globalement le gouvernement. Certains députés de la majorité relative ont publiquement exprimé leurs réserves.

Il faut aussi distinguer les régimes. La revalorisation de janvier concerne principalement les pensions du régime général — la Cnav — et les régimes alignés. Les retraites complémentaires Agirc-Arrco obéissent à leurs propres règles de revalorisation, négociées entre partenaires sociaux, et ne sont pas directement concernées par ce débat budgétaire. Un retraité qui perçoit une pension de base de 1 400 euros peut donc voir sa retraite complémentaire évoluer différemment, selon le calendrier et les décisions propres à ce régime.

Une question de justice, pas seulement de chiffres

Derrière le débat technique sur les seuils, il y a une question plus fondamentale : jusqu'où l'effort budgétaire peut-il reposer sur ceux qui ont les retraites les plus basses sans pour autant bénéficier des filets de sécurité réservés aux plus démunis ? Le minimum vieillesse — l'Aspa — concerne les retraités aux ressources très faibles. Les dispositifs de solidarité ciblés ne s'adressent pas à quelqu'un qui perçoit 1 350 euros par mois. Cette personne est, dans la nomenclature administrative, un retraité ordinaire. Elle supporte l'inflation comme tout le monde, sans amortisseur particulier.

C'est ce vide — entre les protections du bas et le confort du milieu — que les sénateurs cherchent à combler, au moins partiellement. Si leur amendement survit au parcours parlementaire, les pensions comprises entre 1 200 et 1 500 euros bruts retrouveraient leur revalorisation de janvier. Sinon, le gel s'appliquera tel que prévu, et janvier 2027 sera, pour ces retraités, un mois sans hausse dans un budget déjà serré.

Source : Senioractu.

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