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Ces 33 médicaments contre la mycose ou le rhume des foins exigent votre ordonnance : les pharmaciens demandent à l'ANSM de vous les vendre librement
Une mycose de l'ongle, un rhume des foins récurrent — et le médecin indisponible pour trois semaines. Les syndicats de pharmaciens demandent à l'ANSM de reclasser 33 médicaments aujourd'hui sous ordonnance en accès libre au comptoir. Le débat est ouvert depuis longtemps en Europe. En France, il accroche encore.
LUNDI 28 SEPTEMBRE 2026·Par Régis Mayer
Il existe un moment familier à quiconque fréquente les pharmacies françaises : vous décrivez vos symptômes au comptoir, le pharmacien identifie immédiatement ce dont vous avez besoin, puis lève les mains — "il me faut une ordonnance". La consultation chez le médecin, elle, n'est pas disponible avant quinze jours. Ce paradoxe, les syndicats représentatifs des pharmaciens ont décidé de le porter formellement devant l'Agence nationale de sécurité du médicament. Leur demande : autoriser la délivrance sans ordonnance de 33 médicaments ciblant des affections courantes et bien identifiées.
Ce que contient la liste
Les 33 molécules concernées ne sont pas des substances à risque élevé. Elles couvrent des pathologies que tout adulte reconnaît sans ambiguïté : mycoses unguéales ou vaginales, rhinite allergique saisonnière, infections urinaires simples et récidivantes chez la femme, acné légère à modérée, certains traitements locaux de la peau. Ce sont précisément les affections pour lesquelles la consultation médicale se résume souvent à une anamnèse rapide et à la rédaction d'une ordonnance que le patient aurait pu rédiger lui-même tant le diagnostic est répété d'année en année.
La plupart de ces médicaments sont déjà accessibles sans prescription dans plusieurs pays européens. En Allemagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou en Espagne, un pharmacien peut délivrer des traitements antifongiques oraux ou des antihistaminiques de deuxième génération sans que cela ait provoqué d'augmentation notable des effets indésirables graves. L'argument de la dangerosité, souvent avancé pour freiner ces reclassements, ne tient pas à l'examen comparatif.
Le pharmacien comme premier recours — une réalité déjà là
La France a engagé depuis quelques années une réforme de l'accès aux soins qui repositionne le pharmacien. Les vaccinations en officine, le renouvellement de certaines ordonnances chroniques, les tests rapides d'orientation diagnostique : autant de compétences nouvelles reconnues par la loi. La demande de reclassement de ces 33 médicaments s'inscrit dans cette même logique. Elle ne réclame pas un transfert de la médecine vers la pharmacie — elle demande que le pharmacien puisse exercer pleinement le rôle que la formation et la proximité lui confèrent déjà.
Car la réalité du terrain est celle-ci : l'officine reste le lieu de santé le plus accessible du territoire français. On y entre sans rendez-vous, souvent le samedi, parfois le dimanche. Dans les zones où les médecins généralistes se font rares — et elles se multiplient —, le pharmacien est parfois le seul professionnel de santé disponible dans un rayon raisonnable. Lui interdire de délivrer un traitement antifongique pour une mycose de l'ongle diagnostiquée à vue relève davantage de la rigidité administrative que de la prudence médicale.
Ce que la demande ne dit pas
Le communiqué des syndicats de pharmaciens est bien construit, mais il laisse dans l'ombre quelques questions légitimes. La première est économique : un médicament remboursé sous ordonnance ne l'est plus nécessairement une fois passé en accès libre. Le reclassement peut donc se traduire, pour le patient, par un reste à charge plus élevé. C'est un point que les défenseurs de la mesure ont tendance à minorer, et que les assurés ont tout intérêt à garder en tête.
La deuxième question touche au suivi. Une ordonnance, même perçue comme une formalité, crée une trace dans le dossier médical, une occasion d'échange avec le médecin, parfois un signal d'alerte sur une récidive trop fréquente. Supprimer cette étape pour des pathologies bénignes n'est pas sans conséquence sur la continuité des soins — même si, dans les faits, beaucoup de patients ne consultent déjà plus pour ces motifs et se débrouillent avec les médicaments disponibles en accès libre ou les conseils du pharmacien.
La troisième est institutionnelle. La décision appartient à l'ANSM, qui procède à ses propres évaluations du rapport bénéfice-risque. Les syndicats de pharmaciens peuvent saisir l'agence, argumenter, convaincre — ils ne peuvent pas décider. L'ANSM a déjà reclassé plusieurs médicaments ces dernières années, parfois après des années de demandes répétées. Le calendrier de ce type de procédure est rarement rapide.
Un débat qui dépasse la liste
Derrière ces 33 médicaments, c'est une question plus large qui se pose : jusqu'où la France est-elle prête à faire confiance au pharmacien et, symétriquement, au patient adulte capable d'identifier ses propres symptômes récurrents ? La rhétorique du risque a longtemps prévalu dans les arbitrages réglementaires français. Elle cède du terrain, lentement, sous la pression conjuguée de la désertification médicale, de la saturation des urgences et de l'exemple européen.
Ce n'est pas une révolution. C'est un ajustement pragmatique, attendu depuis longtemps par ceux qui ont passé des années à expliquer à leur médecin qu'ils avaient encore la même mycose que l'an dernier et qu'ils souhaitaient simplement le même traitement.
Source : Senioractu.com.
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