Aller directement au contenu
Lecture
Choisir la taille du texte de lecture
VENDREDI 7 AOÛT 2026135
Senior·Closer
Lecture · 5 min

Santé·Article 2 sur 4

Ces scientifiques cherchaient la cause de Parkinson dans le cerveau : ils sont tombés sur deux vitamines B que votre intestin fabrique lui-même

Une équipe japonaise a cherché Parkinson là où personne ne regardait vraiment : dans les selles. Ce qu'elle a trouvé déplace la question, sans encore y répondre.

VENDREDI 7 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier

Une boîte de Pétri posée sur une paillasse en inox, éclairée en lumière rasante, révèle des colonies bactériennes aux reflets nacrés et dorés.
Illustration générée par notre rédaction.

La maladie de Parkinson a longtemps été pensée comme une affaire de cerveau — de neurones à dopamine qui s'éteignent, de ganglions de la base qui dérèglent le mouvement. Cette représentation n'est pas fausse. Mais une étude internationale publiée récemment suggère que l'histoire commence peut-être ailleurs, dans un organe que la neurologie a mis du temps à prendre au sérieux : l'intestin.

Cinq pays, un même manque

L'équipe de Hiroshi Nishiwaki, à l'université de Nagoya, a séquencé le matériel génétique bactérien contenu dans les selles de 94 patients parkinsoniens japonais et de plusieurs centaines d'autres participants recrutés dans quatre pays supplémentaires. L'idée de départ était classique : trouver une signature microbienne propre à la maladie, une bactérie absente ou surreprésentée qui permettrait de distinguer un intestin parkinsonien d'un intestin sain.

Ce qu'ils ont trouvé n'est pas une bactérie. C'est une lacune fonctionnelle. Dans les cinq cohortes, les microbiotes des patients produisaient en quantité anormalement basse deux vitamines du groupe B : la riboflavine, dite B2, et la biotine, dite B7 ou B8 selon les nomenclatures. Ces deux molécules ne sont pas de simples nutriments que l'on absorbe dans l'assiette. Elles sont aussi synthétisées directement par certaines bactéries intestinales, qui les mettent à disposition de l'organisme. Quand ces bactéries sont moins actives ou moins nombreuses, la production chute.

La cohérence entre cinq populations différentes — avec leurs régimes alimentaires, leurs environnements, leurs patrimoines génétiques distincts — est ce qui donne du poids à l'observation. Une corrélation dans une seule cohorte reste anecdotique. La même corrélation retrouvée au Japon, en Europe et ailleurs commence à ressembler à un signal.

Pourquoi ces deux vitamines ?

La riboflavine et la biotine ne sont pas choisies au hasard par la biologie. Toutes deux jouent un rôle dans la chaîne respiratoire mitochondriale — ce système cellulaire qui convertit l'oxygène en énergie. Or les neurones dopaminergiques de la substance noire, précisément ceux qui dégénèrent dans la maladie de Parkinson, sont parmi les cellules les plus exigeantes en énergie du système nerveux central. Leur vulnérabilité au stress oxydatif est documentée depuis des décennies.

Un déficit chronique en riboflavine perturbe le fonctionnement des flavoprotéines, enzymes essentielles à la neutralisation des radicaux libres. Un déficit en biotine affecte plusieurs carboxylases impliquées dans le métabolisme énergétique. L'hypothèse que les chercheurs formulent — prudemment — est la suivante : un microbiote appauvri en producteurs de ces deux vitamines pourrait, sur le long terme, fragiliser les neurones les plus exposés au stress oxydatif, contribuant ainsi à leur dégénérescence.

Ce n'est pas une démonstration de causalité. C'est une piste métabolique cohérente, étayée par une observation transnationale robuste.

L'axe intestin-cerveau, du concept à la clinique

L'idée que l'intestin parle au cerveau n'est plus marginale. Le nerf vague, qui relie directement les deux organes, est étudié depuis plusieurs années comme vecteur possible de propagation de l'alpha-synucléine — la protéine mal repliée qui s'accumule dans les cerveaux parkinsoniens. Des travaux antérieurs avaient montré que les troubles digestifs, notamment la constipation, précèdent souvent de plusieurs années l'apparition des premiers tremblements. Le microbiote s'impose progressivement comme un acteur de cette conversation.

Ce que l'étude de Nagoya ajoute, c'est une précision fonctionnelle. Plutôt que de désigner une espèce bactérienne coupable, elle identifie une capacité métabolique défaillante — ce que le microbiote ne fait plus, indépendamment de sa composition exacte. Cette approche par la fonction plutôt que par la taxonomie est méthodologiquement plus solide : deux microbiotes très différents en espèces peuvent produire les mêmes molécules, et inversement.

Ce que cela ne dit pas encore

Plusieurs questions restent ouvertes. La première est celle de la temporalité : le déficit en vitamines B précède-t-il la maladie, ou en est-il une conséquence ? Un intestin déjà affecté par les premières lésions neurologiques pourrait très bien modifier son microbiote, produisant un déficit qui serait alors un effet et non une cause. Seules des études longitudinales — suivre des personnes saines sur des années, mesurer leur microbiote, observer qui développe Parkinson — permettront de trancher.

La deuxième question est thérapeutique. Supplémenter en riboflavine et en biotine suffirait-il à corriger le déficit ? Ou faudrait-il restaurer les populations bactériennes productrices, ce qui renvoie aux pistes encore balbutiantes de la transplantation fécale et des probiotiques ciblés ? Des essais cliniques sont nécessaires avant toute conclusion pratique.

La troisième, plus fondamentale, est celle de la part causale du microbiote dans l'ensemble du tableau. Parkinson est une maladie multifactorielle — génétique, environnementale, métabolique. L'intestin n'en est probablement qu'un contributeur parmi d'autres, dont le poids reste à quantifier.

Ce que cette étude offre, c'est une direction. Dans une maladie dont on ignore encore l'origine, chaque direction vérifiable a de la valeur.

Source : SeniorActu.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

Demander à l'article

Une question sur ce que vous venez de lire ?

La rédaction confie cette tâche à un assistant. Il ne répondra qu'à partir de l'article, sans inventer.

Vendredi prochain, encore quatre articles choisis.

Une seule édition par semaine. Le vendredi matin. Désabonnement en un clic.

Continuer la lecture

Aussi dans ce numéro.