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Bien-vivre·Article 2 sur 4

Fin de vie : le Conseil constitutionnel refuse le référendum, mais cette date change tout pour vous

Le Conseil constitutionnel a fermé la porte au référendum sur la fin de vie. Ce que cette décision du 17 juin révèle sur l'état réel du débat — et sur ce qui se joue maintenant au Parlement.

VENDREDI 19 JUIN 2026·Par Fabrice Crozier

Une pile de documents législatifs annotés au stylo-bille bleu, posée sur un bureau en bois sombre, effleurée par la lumière oblique d'une fin d'après-midi.
Illustration générée par notre rédaction.

Le 17 juin, le Conseil constitutionnel a rendu sa décision numéro 2026-7 RIP : la proposition de référendum d'initiative partagée sur la fin de vie est irrecevable. Deux cent un parlementaires avaient tenté la manœuvre. Elle n'aura pas de suite. La porte est fermée, techniquement, définitivement — et le débat repart là où il n'a jamais vraiment quitté : l'hémicycle.

Ce que les Sages ont tranché

La procédure du référendum d'initiative partagée, introduite par la révision constitutionnelle de 2008, est rarement utilisée et encore plus rarement aboutit. Elle exige que la proposition de loi ne porte pas sur un sujet déjà examiné par le Parlement dans les deux années précédentes. C'est précisément cet écueil qui a emporté l'initiative du sénateur Francis Szpiner (Les Républicains).

Sa proposition visait à inscrire dans la loi que la « provocation active à la mort » ne saurait relever de la notion de soin. Une formulation qui, en creux, aurait constitutionnalisé le refus de toute aide active à mourir. Les Sages ont estimé que l'objet de cette proposition recoupait trop directement celui du projet de loi sur la fin de vie, déjà en cours d'examen au Parlement. Le verrou est donc procédural, non politique — mais ses effets sont bien réels.

Ce type de décision ne surprend pas les constitutionnalistes. Le Conseil a toujours interprété strictement les conditions du RIP, en particulier la clause d'antériorité parlementaire. Depuis 2008, aucun référendum d'initiative partagée n'a jamais atteint le stade de la consultation populaire.

Le projet de loi, lui, avance

L'échec du référendum ne clôt pas le débat — il le recentre. Le projet de loi sur la fin de vie, porté par le gouvernement, a déjà connu un parcours chaotique. Présenté une première fois sous le gouvernement Borne en 2024, il avait été interrompu par la dissolution de l'Assemblée nationale. Relancé, amendé, retravaillé, il continue de cheminer entre les deux chambres dans un climat de désaccord profond.

Le texte actuel distingue deux volets : d'un côté, le renforcement des soins palliatifs — sur lequel un consensus large existe ; de l'autre, l'introduction d'une « aide à mourir » encadrée, qui cristallise les oppositions. Les conditions envisagées sont strictes : maladie grave et incurable, pronostic vital engagé à court ou moyen terme, souffrance réfractaire, demande réitérée et libre. Un médecin pourrait prescrire une substance létale que le patient s'administrerait lui-même, ou, s'il en est incapable physiquement, qu'un soignant administrerait en sa présence.

C'est sur ce second volet que les lignes de fracture sont les plus nettes. Une partie du Sénat y voit une rupture avec l'éthique médicale fondée sur le principe de non-malfaisance. Une partie de l'Assemblée considère au contraire qu'interdire toute aide active revient à abandonner des personnes à des souffrances que la médecine ne peut plus soulager.

Ce que chacun peut faire, maintenant

Quelle que soit l'issue législative, un outil existe déjà, trop peu utilisé : les directives anticipées. Instaurées par la loi Leonetti-Claeys de 2016, elles permettent à toute personne majeure de consigner par écrit ses volontés sur les traitements et les conditions de sa fin de vie, pour le cas où elle ne serait plus en mesure de les exprimer. Elles s'imposent aux médecins, sauf situation d'urgence ou directives manifestement inappropriées.

Moins de 20 % des Français en ont rédigé. Le chiffre est stable depuis des années, malgré les campagnes d'information. Les raisons sont connues : la difficulté à se projeter, la crainte de figer une décision, parfois la simple méconnaissance du dispositif. Or ces directives ne sont pas irrévocables — elles peuvent être modifiées ou annulées à tout moment.

La désignation d'une personne de confiance, prévue par le même texte, complète utilement ce dispositif. Cette personne — un proche, un ami, pas nécessairement un membre de la famille — est consultée en priorité par l'équipe médicale si le patient ne peut plus s'exprimer. Son rôle n'est pas de décider à la place, mais de témoigner des volontés exprimées.

La loi donne déjà des outils. Le débat sur l'aide à mourir porte sur ce qu'elle ne permet pas encore.

Le calendrier parlementaire reste incertain. Une nouvelle lecture du texte est attendue à l'automne, mais les arbitrages politiques — et l'agenda chargé de la session — pourraient encore repousser l'échéance. Ce qui est sûr : le référendum n'aura pas lieu, et la décision reviendra aux représentants élus. C'est, au fond, ce que la Constitution prévoyait.

Source : Senioractu.com.

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