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JEUDI 5 NOVEMBRE 2026N° 147
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Santé

Leqembi, Kisunla : un an après le refus de remboursement, où en sont les traitements qui freinent Alzheimer en France ?

Deux médicaments capables de ralentir la maladie d'Alzheimer existent, sont autorisés en Europe, et restent inaccessibles aux patients français. Un an après le refus de remboursement, la situation n'a pas bougé — mais la science, elle, avance.

JEUDI 5 NOVEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Leqembi, Kisunla : un an après le refus de remboursement, où en sont les traitements qui freinent Alzheimer en France ?
Photographie : senioractu.com

Il y a des moments où la médecine fait une promesse qu'elle ne peut pas encore tenir. Le Leqembi et le Kisunla sont de ces promesses-là : deux anticorps monoclonaux capables, selon les essais cliniques, de ralentir la progression de la maladie d'Alzheimer à ses stades précoces. Autorisés par l'Agence européenne des médicaments, l'un en 2024, l'autre peu après. Disponibles aux États-Unis depuis 2023. Et pourtant, en France, ni l'un ni l'autre ne figure dans le parcours de soins ordinaire. Pas de remboursement, pas d'accès généralisé. Un an après le premier refus, la situation mérite qu'on la regarde sans détour.

Ce que ces traitements font — et ce qu'ils ne font pas

Le Leqembi (lécanémab, laboratoire Eisai/Biogen) et le Kisunla (donanemab, Eli Lilly) appartiennent à la même famille thérapeutique. Ils ciblent l'amyloïde bêta, cette protéine qui s'accumule en plaques dans le cerveau des patients Alzheimer bien avant que les premiers symptômes apparaissent. En éliminant ces dépôts, ils cherchent à débarrasser le cerveau d'un fardeau moléculaire qui, selon l'hypothèse dominante depuis trente ans, accélère la destruction neuronale.

Les résultats des essais de phase III sont réels, mais mesurés. Le Leqembi a montré un ralentissement du déclin cognitif d'environ 27 % sur dix-huit mois par rapport au placebo. Le Kisunla affiche des chiffres comparables, avec une réduction du déclin fonctionnel de l'ordre de 35 % dans certains sous-groupes. Ce ne sont pas des guérisons. Ce ne sont pas des stabilisations spectaculaires. Ce sont des freinages — significatifs sur le plan statistique, plus modestes dans la vie quotidienne d'un patient.

Le revers est sérieux. Les deux molécules provoquent des anomalies d'imagerie liées à l'amyloïde, désignées sous l'acronyme ARIA — des micro-hémorragies ou des œdèmes cérébraux visibles à l'IRM. Dans les essais, une proportion notable de patients a présenté ces anomalies, le plus souvent asymptomatiques, parfois non. Quelques cas graves ont été rapportés. Ce profil de risque impose une surveillance radiologique régulière et une sélection rigoureuse des candidats, notamment en fonction de leur génotype APOE4, facteur de risque aggravant pour les effets indésirables.

Pourquoi la France a dit non — et ce que ça révèle

La Haute Autorité de Santé a rendu un avis défavorable au remboursement du Leqembi en 2024, estimant que le service médical rendu était insuffisant au regard des risques. Ce type de décision ne signifie pas que le médicament est inefficace. Il signifie que, dans le cadre de l'évaluation médico-économique française, le rapport bénéfice-risque n'a pas convaincu les évaluateurs — ou que le bénéfice clinique, bien que réel, n'a pas été jugé suffisamment transformateur pour justifier un remboursement à grande échelle.

C'est une position que d'autres pays européens ont également adoptée, à des degrés divers. Le Royaume-Uni, via le NICE, a lui aussi refusé le remboursement du Leqembi dans un premier temps, invoquant un rapport coût-efficacité défavorable. Les États-Unis, où Medicare couvre désormais ces traitements sous conditions, font figure d'exception — dans un système où le prix annuel d'une cure de Leqembi dépasse vingt-six mille dollars.

Ce qui se joue ici dépasse la seule pharmacologie. La question est celle du seuil : à partir de quel ralentissement de déclin une société accepte-t-elle de financer un traitement coûteux, contraignant, et porteur de risques ? La réponse n'est pas universelle. Elle est politique autant que médicale.

La recherche se déplace : avant les premiers oublis

Pendant que le débat sur le remboursement se prolonge, la recherche a déjà bougé ses lignes. Le vrai front se situe désormais en amont des symptômes. L'idée directrice : si les plaques amyloïdes s'accumulent dix à vingt ans avant les premiers signes cliniques, c'est là qu'il faut intervenir.

Plusieurs essais cliniques de grande envergure testent actuellement des anticorps anti-amyloïde chez des personnes cognitivement normales mais biologiquement à risque — identifiées par PET-scan amyloïde ou par dosage de biomarqueurs dans le liquide céphalorachidien ou, plus récemment, dans le sang. L'essai A4, mené aux États-Unis, ou les programmes AHEAD portés par des consortiums internationaux, explorent cette prévention secondaire avant toute plainte mnésique.

En France, des cohortes comme la cohorte MEMENTO ou les travaux menés au sein des centres mémoire de ressources et de recherche (CMRR) participent à cet effort. La question n'est plus seulement "comment traiter Alzheimer" mais "comment l'intercepter avant qu'il s'installe".

Ce glissement a une conséquence pratique immédiate : il valorise le diagnostic précoce, y compris biologique. Les nouveaux tests sanguins capables de détecter des fragments de protéines tau ou amyloïde pourraient, dans les prochaines années, permettre un dépistage à grande échelle sans ponction lombaire ni imagerie lourde. Ce n'est pas encore la réalité du cabinet de médecine générale. Mais c'est la direction.

Ce que ça change pour ceux qui attendent

Pour une personne diagnostiquée aujourd'hui à un stade léger, ou pour un proche dont les premiers signes inquiètent, la situation est inconfortable. Des traitements existent, sont autorisés sur le territoire européen, et restent hors de portée sans prise en charge financière — sauf à en assumer le coût dans des établissements pratiquant des actes hors nomenclature, ce qui n'est envisageable que pour une infime minorité.

Des accès élargis ou des essais cliniques peuvent constituer une voie. Les CMRR, présents dans chaque région, sont les interlocuteurs naturels pour explorer ces possibilités. Certains protocoles de recherche permettent d'accéder à ces molécules dans un cadre encadré, avec le suivi que leur profil de risque exige de toute façon.

La situation évoluera. Les dossiers de remboursement peuvent être réexaminés à mesure que les données de vie réelle s'accumulent. D'autres molécules sont en développement. Et la pression des associations de patients, des neurologues et des familles ne faiblit pas. Mais pour l'heure, l'accès reste suspendu à des décisions qui ne sont pas encore prises.

Source : Senioractu.com.

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