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Longévité extrême : ces résultats de l'autopsie d'une femme de 117 ans que personne ne s'explique
Son corps portait toutes les marques attendues du grand âge — et pourtant elle est morte sans cancer, sans démence, sans infarctus, à 117 ans. L'autopsie de Maria Branyas Morera dérange les certitudes de la biologie du vieillissement.
VENDREDI 3 JUILLET 2026·Par Fabrice Crozier
Elle est morte le 19 août 2024, à 117 ans et 168 jours, dans une maison de retraite catalane. Maria Branyas Morera, née à San Francisco en 1907, était depuis janvier 2023 la doyenne officiellement reconnue de l'humanité. Son corps a fait l'objet de l'analyse biologique la plus exhaustive jamais conduite sur un être humain ayant atteint cet âge. Les résultats, publiés après son décès, ne résolvent rien. Ils dérangent.
Un tableau clinique qui aurait dû tuer
Les chercheurs qui ont examiné ses tissus s'attendaient à trouver des anomalies. Ils en ont trouvé — mais pas celles qu'ils espéraient interpréter. Ses télomères figuraient parmi les plus courts jamais mesurés chez un être humain vivant. Les télomères sont ces séquences protectrices qui coiffent les chromosomes et s'érodent à chaque division cellulaire : leur raccourcissement est l'un des marqueurs les plus fiables du vieillissement biologique. Chez Branyas Morera, ils étaient quasi inexistants.
Son système immunitaire présentait un niveau d'inflammation chronique élevé — ce que les biologistes appellent l'inflammaging, contraction d'inflammation et d'aging, vieillissement en anglais. Ce phénomène est associé à la quasi-totalité des grandes pathologies de la vieillesse : maladies cardiovasculaires, neurodégénérescence, cancers. Ses cellules souches hématopoïétiques — celles qui produisent les cellules du sang — portaient des mutations accumulées, signe d'une machinerie cellulaire très usée.
Le tableau, sur le papier, était celui d'un organisme en bout de course depuis longtemps. Et pourtant : aucun cancer diagnostiqué, aucune démence, aucun infarctus. Elle lisait, s'exprimait, publiait sur les réseaux sociaux jusqu'à ses derniers mois.
Ce que la biologie du vieillissement ne sait pas encore expliquer
Le cas Branyas Morera illustre une tension que la gérontologie peine à résoudre : la distinction entre vieillissement biologique et vieillissement fonctionnel. Le premier se mesure dans les cellules, les marqueurs sanguins, les chromosomes. Le second se lit dans la capacité à penser, à se mouvoir, à résister à la maladie. Les deux ne coïncident pas toujours — et chez les supercentenaires, ils semblent parfois évoluer en parallèle sans se rejoindre.
Les supercentenaires — terme désignant les individus ayant dépassé 110 ans — sont rares au point d'être presque impossibles à étudier en cohorte. On en recense quelques dizaines dans le monde à tout moment. Chaque autopsie détaillée est donc un événement scientifique. Celle de Jeanne Calment, morte en 1997 à 122 ans, avait déjà suscité des questions similaires. Mais les outils d'analyse moléculaire disponibles aujourd'hui n'existaient pas alors.
Ce qui intrigue les chercheurs, c'est moins la présence des anomalies que leur coexistence avec une absence de pathologie terminale classique. L'hypothèse la plus sérieuse actuellement explorée est celle d'une résilience cellulaire différentielle : certains tissus, certains organes — le cœur, le cerveau en particulier — auraient conservé une capacité de résistance ou de réparation que les marqueurs globaux ne capturent pas. Une forme de robustesse locale, invisible aux tests standards.
Une autre piste concerne le microbiome intestinal. Des études antérieures menées sur des centenaires japonais et sardes avaient montré des profils bactériens intestinaux inhabituels, avec une diversité microbienne maintenue et certaines espèces associées à la production d'acides gras à chaîne courte — des composés anti-inflammatoires. Maria Branyas Morera avait elle-même fait l'objet d'analyses de ce type de son vivant, avec des résultats qui s'écartaient de la norme pour son âge.
La longévité extrême comme anomalie, pas comme modèle
Il serait tentant de lire dans ce cas une leçon universelle. Les médias l'ont fait, inévitablement : régime alimentaire, attitude mentale, liens sociaux, génétique catalane. Branyas Morera elle-même attribuait sa longévité à la chance, à l'éloignement des gens toxiques, et au yaourt. Elle n'avait pas tort d'être prudente.
Les biologistes du vieillissement sont les premiers à mettre en garde contre la tentation de généraliser à partir des supercentenaires. Leur trajectoire biologique est précisément atypique — c'est ce qui les rend intéressants scientifiquement, et ce qui les rend inutilisables comme modèle pratique. Ils ne représentent pas une version optimisée du vieillissement ordinaire. Ils représentent une exception dont on ne comprend pas encore les mécanismes.
Ce que l'autopsie de Maria Branyas Morera confirme, en revanche, c'est que les marqueurs biologiques du vieillissement que la médecine utilise aujourd'hui — longueur des télomères, niveau d'inflammation, charge mutationnelle — sont des indicateurs de risque statistique, pas des oracles individuels. Un organisme peut les accumuler tous et continuer de fonctionner. Pourquoi ? La réponse n'est pas dans ce rapport. Elle est dans les recherches qu'il va déclencher.
Source : Senioractu.com.
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