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JEUDI 3 SEPTEMBRE 2026138
Senior·Closer
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Bien-vivre·Article 2 sur 4

On remplissait sa cuve de fioul pour 2 209 euros l'été dernier : au prix relevé par le ministère, le même camion ajoute 1 136 euros à votre facture

Le camion-citerne repasse dans les cours et les allées de garage, et le bon de livraison n'a plus rien à voir avec celui de l'été dernier. Remplir une cuve avant l'hiver coûte désormais plus de mille euros de plus qu'il y a un an.

JEUDI 3 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Un bon de livraison froissé posé sur le bord d'une cuve métallique rouillée, dans la pénombre d'une cave en pierre, éclairé par un rai de lumière venant d'un soupirail.
Illustration générée par notre rédaction.

Il y a un an, remplir une cuve standard de fioul domestique revenait à 2 209 euros. Aujourd'hui, au prix relevé par le ministère de la Transition énergétique, la même livraison dépasse les 3 300 euros. L'écart — 1 136 euros — ne se négocie pas, ne se lisse pas sur l'année, et tombe d'un coup sur un seul bon de commande. Pour les foyers qui chauffent encore au fioul, c'est la réalité de cet automne.

Un prix administré, mais pas plafonné

Chaque lundi, le ministère publie le prix moyen constaté le vendredi précédent dans les stations-service et chez les distributeurs de fioul domestique. Ce relevé hebdomadaire sert de référence : il ne constitue pas une offre commerciale, et les prix réels varient selon les régions, les volumes commandés et les distributeurs. Mais il donne la mesure. Et la mesure, cette saison, est sévère.

Le fioul domestique suit les cours du pétrole brut, libellés en dollars, puis convertis en euros — ce qui signifie que le taux de change amplifie ou atténue les variations du baril selon les périodes. Depuis le choc de 2022, les prix n'ont jamais vraiment retrouvé leur niveau d'avant. La guerre en Ukraine a restructuré les flux d'approvisionnement européens, et les effets se font encore sentir dans les prix à la pompe comme à la cuve.

À cela s'ajoute la fiscalité. La taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE) pèse sur chaque litre livré. Elle n'a pas été relevée, mais elle n'a pas non plus été allégée pour compenser la hausse du brut — contrairement à ce qui avait été fait, temporairement, sur le gazole automobile en 2022. Les ménages qui se chauffent au fioul n'ont bénéficié d'aucun bouclier tarifaire comparable à celui mis en place pour le gaz et l'électricité.

Deux millions de foyers dans l'attente

En France, environ deux millions de logements sont encore chauffés au fioul domestique. Ce parc est géographiquement concentré : zones rurales, maisons individuelles construites entre les années 1960 et 1990, régions où le réseau de gaz naturel n'a jamais été étendu. Les propriétaires concernés n'ont pas choisi le fioul par goût — ils ont hérité d'une installation, parfois récente encore, qui représente un investissement amorti sur des décennies.

La stratégie d'attente, qui consiste à repousser la commande en espérant une baisse des cours, est compréhensible mais risquée. Les distributeurs livrent moins vite en plein hiver, les délais s'allongent, et commander dans l'urgence en janvier coûte souvent plus cher que commander en octobre. Les professionnels du secteur le répètent chaque année : la commande groupée en début d'automne reste la moins mauvaise option, même quand les prix donnent envie d'attendre.

Certaines communes et certaines associations proposent des centrales d'achat groupé pour négocier des tarifs de gros. Le dispositif existe depuis longtemps dans les zones rurales, mais il reste peu connu et inégalement réparti sur le territoire. Il vaut la peine de se renseigner auprès de la mairie ou de la communauté de communes avant de passer commande en solitaire.

La question de la sortie du fioul

La loi Climat et Résilience de 2021 interdit l'installation de nouvelles chaudières fioul à compter de 2022, et prévoit l'interdiction progressive des chaudières existantes à partir de 2025 pour les logements les plus énergivores. Le calendrier précis reste sujet à ajustements réglementaires, mais la direction est claire : le fioul domestique est en fin de vie institutionnelle.

Les alternatives existent — pompe à chaleur, chaudière à granulés, raccordement au gaz quand il est accessible — mais elles supposent des travaux dont le coût initial se chiffre en plusieurs milliers d'euros, même après les aides de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) et le dispositif MaPrimeRénov'. Pour un propriétaire qui a déjà une cuve en état de marche, l'arbitrage n'est pas simple. Payer cher aujourd'hui pour un équipement qu'on devra de toute façon abandonner, ou investir maintenant dans une transition qui amortira ses coûts sur dix ou quinze ans ?

La réponse dépend de l'état du logement, de l'horizon de vie dans la maison, et de la capacité à mobiliser un capital de départ. Ce que la flambée actuelle change, c'est l'urgence du calcul. À 1 136 euros de surcoût par livraison, le retour sur investissement d'une pompe à chaleur se rapproche plus vite qu'on ne le pensait il y a trois ans.

Remplir une cuve coûte aujourd'hui ce que coûtait, il y a deux ans, remplir une cuve et demi.

Ce n'est pas une métaphore. C'est le bon de livraison.

Source : SeniorActu.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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