EHPAD·Article 3 sur 4
Présidentielle 2027 : David Lisnard veut geler votre retraite au-delà de 2 200 euros par mois, mais son programme ne dit rien des Ehpad ni des aidants
David Lisnard a esquissé sur CNews et Europe 1 les contours de sa politique des retraites : gel partiel des pensions au-delà de 2 200 euros, refonte du système par capitalisation. Sur la dépendance et les aidants, le programme reste muet.
MERCREDI 28 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Une émission politique, une formule choc, et une question qui reste entière. Mardi soir, invité de Laurence Ferrari dans Objectif Élysée 2027 sur CNews et Europe 1, David Lisnard a posé les premières pierres de ce que serait sa politique des retraites. Le maire de Cannes et président du mouvement Nouvelle Énergie vise les pensions au-dessus de 2 200 euros bruts par mois : elles seraient temporairement gelées — c'est-à-dire non revalorisées — pour dégager des marges de manœuvre budgétaires. L'objectif affiché : financer une transition vers un système à points par capitalisation. Ce que son programme ne dit pas, en revanche, est au moins aussi révélateur que ce qu'il dit.
Ce que "pas un gel total" veut dire
Lisnard a pris soin de nuancer : il ne s'agit pas, selon lui, de baisser les pensions, mais de suspendre leur indexation sur l'inflation pour les retraites jugées confortables. Le seuil de 2 200 euros bruts mensuels correspond, grossièrement, au niveau où se situe le plafond de la Sécurité sociale — un repère technique souvent utilisé dans les débats sur la progressivité des prélèvements. En pratique, cela concernerait une minorité de retraités, mais une minorité significative : selon les données de la Drees, environ 15 à 20 % des retraités perçoivent une pension supérieure à ce montant, avec une forte concentration chez les hommes ayant eu des carrières longues dans le secteur privé ou des fonctions publiques de catégorie A.
L'idée n'est pas nouvelle dans le débat français. Des économistes libéraux la défendent depuis les années 2000 comme levier de rééquilibrage intergénérationnel. Elle se heurte à deux objections constantes : d'une part, les retraités concernés ont cotisé sur la base de droits acquis — le gel revient à modifier rétroactivement les règles du jeu ; d'autre part, l'inflation érode mécaniquement le pouvoir d'achat, si bien qu'un gel de plusieurs années équivaut, en termes réels, à une baisse progressive.
Lisnard assume cette tension. Il la présente comme le prix d'une réforme structurelle : passer d'un système par répartition à un système intégrant une part de capitalisation. Ce projet, porté depuis longtemps par une partie de la droite et du centre, suppose un financement de transition — la période pendant laquelle il faut simultanément payer les pensions actuelles et constituer les réserves du futur système. C'est précisément ce trou de financement que le gel partiel est censé combler.
La dépendance, grande absente
Ce qui frappe, à la lecture du programme de Nouvelle Énergie, c'est l'absence presque totale de la question de la dépendance. Pas un mot sur les Ehpad, dont la crise de financement est documentée depuis des années : fermetures de lits, turn-over du personnel soignant, restes à charge qui dépassent 2 500 euros par mois dans de nombreux établissements privés. Pas un mot non plus sur les aidants familiaux — ces six à onze millions de Français, selon les estimations, qui accompagnent un proche en perte d'autonomie, souvent au prix de leur propre trajectoire professionnelle et de leur santé.
Ce silence n'est pas propre à Lisnard. Il traverse l'ensemble du champ politique français depuis l'abandon, en 2021, du projet de loi Grand Âge et Autonomie. La loi avait été promise, repoussée, finalement engloutie par la pandémie puis par d'autres priorités législatives. Depuis, le sujet revient à chaque campagne sous forme d'intention, sans jamais trouver de traduction concrète. Le rapport Libault de 2019 chiffrait le besoin de financement supplémentaire à plusieurs milliards d'euros par an d'ici 2030 pour simplement maintenir la qualité de l'accompagnement existant — sans même parler de le réformer.
La démographie rend l'impasse de plus en plus difficile à tenir. Le nombre de personnes de 85 ans et plus devrait doubler en France d'ici 2050. Les projections de la Drees anticipent une forte hausse du nombre de personnes en situation de dépendance lourde, dans un contexte où le modèle Ehpad est déjà sous tension et où le maintien à domicile, souvent présenté comme l'alternative, manque cruellement de professionnels formés.
Deux débats qui se parlent peu
Il y a quelque chose de symptomatique dans cette configuration : d'un côté, un débat vif sur le niveau des pensions et la soutenabilité du système de retraite ; de l'autre, un silence assourdissant sur ce qui attend les retraités lorsque la dépendance s'installe. Comme si la question financière de la retraite et la question existentielle du grand âge appartenaient à deux temporalités politiques distinctes — la première électoralement rentable, la seconde trop complexe, trop coûteuse, trop peu mobilisatrice.
Pourtant, les deux sont indissociables. Geler une pension à 2 200 euros, c'est aussi potentiellement réduire la capacité d'une personne à financer son maintien à domicile ou sa place en établissement dans dix ans. La question du reste à charge en Ehpad n'est pas abstraite : elle se pose concrètement à des familles dont les parents ont cotisé toute leur vie en croyant que le système tiendrait ses promesses.
Lisnard a encore deux ans pour étoffer son programme. La présidentielle de 2027 s'annonce ouverte, et les candidats déclarés ou pressentis sont encore nombreux. Mais si le débat continue de séparer la retraite de la dépendance, il passera à côté de ce que vivent réellement des millions de familles françaises.
Source : Senioractu.com.
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