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Finances·Article 1 sur 4

Prix du gaz, du fioul et du carburant : Lecornu prolonge les aides des pêcheurs et du BTP, rien de neuf pour votre plein ni votre chauffage

Le gouvernement prolonge ses aides sur le carburant et le fioul — mais uniquement pour les pêcheurs, les transporteurs et le BTP. Les ménages, eux, continuent d'absorber seuls la hausse.

VENDREDI 18 SEPTEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une pompe à carburant rouillée sur un quai de port breton, la mer grise en arrière-plan, éclairée par une lumière rasante de fin d'après-midi.
Illustration générée par notre rédaction.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé mi-septembre la prolongation jusqu'au 31 décembre des aides publiques sur le carburant et le fioul — pour les pêcheurs, les entreprises de transport et le secteur du BTP. Trois professions, pas une de plus. Les ménages qui surveillent leur cuve avant l'hiver ou font le plein chaque semaine n'entrent pas dans le périmètre. Le signal est clair, même s'il n'est pas dit ainsi : l'État arbitre entre les secteurs économiques exposés et les budgets domestiques. Ces derniers perdent.

Une logique sectorielle, pas sociale

Le raisonnement du gouvernement est cohérent avec lui-même. Les professions aidées — pêche, transport routier, bâtiment — ont en commun une dépendance directe aux carburants dans leur modèle économique, une incapacité à répercuter immédiatement les hausses sur leurs tarifs, et un poids politique non négligeable. Les pêcheurs, notamment, ont une longue habitude des négociations avec l'État sur le gazole professionnel. Le BTP, lui, a subi de plein fouet la flambée des matières premières depuis 2021.

Ce que cette logique ne dit pas, c'est qu'un retraité qui fait soixante kilomètres par semaine pour ses courses dans une zone rurale mal desservie, ou qu'un propriétaire dont la maison n'est pas raccordée au gaz de ville et dépend entièrement du fioul domestique, est lui aussi dans une situation de dépendance structurelle. La différence : il n'a pas de syndicat professionnel pour frapper à Matignon.

Ce que les prix font réellement aux budgets

Depuis le début des années 2020, les prix de l'énergie en France ont connu des variations d'une ampleur inédite depuis les chocs pétroliers des années 1970. Le fioul domestique, qui chauffait encore environ trois millions de logements en France il y a peu, a franchi des seuils historiques. Le gaz naturel, après la flambée liée à la guerre en Ukraine, reste à des niveaux structurellement plus élevés qu'avant 2021, même après la détente partielle de 2023. Le carburant à la pompe oscille, mais sans jamais retrouver durablement les prix d'avant la pandémie.

Pour un foyer qui se chauffe au fioul, la facture annuelle peut représenter plusieurs milliers d'euros — une charge qui pèse d'autant plus lourd que le logement est ancien, mal isolé, et que les revenus sont fixes. Les retraités propriétaires de maisons individuelles construites avant les premières réglementations thermiques se retrouvent dans cette configuration plus souvent que la moyenne.

Le chèque énergie, reconduit chaque année, reste l'instrument principal de soutien aux ménages modestes. Son montant — quelques centaines d'euros au maximum pour les foyers les plus précaires — n'a pas été revalorisé à la hauteur des hausses constatées. Il reste par ailleurs soumis à des conditions de ressources qui excluent une large partie des ménages en difficulté réelle.

Isolation : la seule réponse durable, mais pas immédiate

Face à la volatilité des prix de l'énergie, la réponse structurelle est connue : réduire la consommation par l'isolation et le changement de système de chauffage. MaPrimeRénov', le dispositif central de l'État, a été remanié plusieurs fois depuis son lancement. Il finance une partie des travaux d'isolation, le remplacement d'une chaudière fioul par une pompe à chaleur, ou l'installation d'un poêle à granulés.

Mais ces travaux supposent une avance de trésorerie, des démarches administratives, et souvent des délais de plusieurs mois entre la décision et la réalisation. Pour quelqu'un qui doit remplir sa cuve avant novembre, c'est une réponse à moyen terme, pas une solution pour cet hiver. Et pour un propriétaire de plus de soixante-cinq ans vivant seul dans une maison de plain-pied, engager un chantier de rénovation énergétique n'est pas une décision anodine — même quand elle est financièrement justifiée sur dix ans.

Ce qu'on peut faire, maintenant

Sans aide nouvelle annoncée pour les particuliers, quelques leviers restent accessibles. Le tarif réglementé du gaz a été supprimé pour les particuliers depuis juillet 2023 : comparer les offres des fournisseurs alternatifs reste utile, même si les écarts se sont resserrés. Pour le fioul, commander en dehors des périodes de forte demande — avant septembre ou après février — permet généralement d'éviter les pics saisonniers. Les groupements d'achat de fioul, organisés par certaines communes ou associations, offrent parfois des tarifs négociés.

Le médiateur national de l'énergie propose un comparateur public et gratuit, ainsi qu'un service de médiation en cas de litige avec un fournisseur. C'est peu, mais c'est là.

Ce que le gouvernement a choisi de ne pas faire cet automne, c'est d'étendre le filet de protection au-delà des secteurs professionnels. L'arbitrage est politique. Il mérite d'être nommé comme tel.

Source : senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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