Finances·Article 1 sur 4
Travailler à la retraite dès 2027 : le gouvernement prépare le décret du cumul emploi-retraite, et vos arrêts maladie pourront aussi réduire votre pension
Le gouvernement prépare un décret qui redessine les règles du cumul emploi-retraite pour les départs à partir de 2027. Parmi les nouveautés qui circulent déjà en projet : les arrêts maladie pourraient peser sur le calcul de la pension.
SAMEDI 31 OCTOBRE 2026·Par Fabrice Crozier
Travailler après avoir liquidé sa retraite n'a rien d'exceptionnel. Consultants, remplaçants saisonniers, intérimaires ponctuels : une fraction non négligeable de nouveaux retraités continue d'exercer une activité, par choix autant que par nécessité. Jusqu'ici, les règles du cumul emploi-retraite étaient relativement stables. Un décret attendu pour 2027 pourrait les modifier en profondeur — et un projet de texte circule déjà, avant même sa publication officielle.
Ce que le décret prépare
Le cumul emploi-retraite permet, sous certaines conditions, de percevoir simultanément une pension de retraite et des revenus d'activité. Depuis la réforme de 2023, il existe deux régimes distincts. Le cumul dit libéralisé — accessible à ceux qui ont liquidé l'ensemble de leurs droits à taux plein — autorise une reprise d'activité sans plafond de revenus et, depuis peu, ouvre droit à une seconde pension, dite surcote différentielle. Le cumul plafonné, lui, concerne ceux qui reprennent une activité avant d'avoir atteint le taux plein : les revenus cumulés ne peuvent dépasser un certain seuil, sous peine de suspension partielle de la pension.
Le décret en préparation s'attache aux modalités de calcul de cette surcote différentielle et aux conditions dans lesquelles les périodes d'inactivité — arrêts maladie notamment — sont prises en compte. C'est ce second point qui commence à susciter des inquiétudes.
Les arrêts maladie dans l'équation
Selon le projet qui circule, les périodes d'arrêt maladie survenues après la liquidation de la retraite pourraient être déduites du calcul de la nouvelle pension acquise en cumul. La logique administrative est cohérente : la surcote différentielle se construit sur des trimestres cotisés effectivement travaillés. Un arrêt maladie interrompt les cotisations, donc réduit mécaniquement la base de calcul.
Dans la pratique, cela signifie qu'un retraité reprenant une activité salariée et tombant malade plusieurs semaines verrait sa future majoration de pension amputée en proportion. Ce n'est pas une sanction — c'est une conséquence arithmétique. Mais pour quelqu'un qui a repris le travail précisément pour améliorer ses droits, l'effet peut être décourageant.
Il faut noter que les indemnités journalières versées par l'Assurance maladie pendant un arrêt ne sont pas soumises à cotisations retraite. Ce point n'est pas nouveau, mais le décret le rendrait plus visible en inscrivant explicitement ces périodes dans le mode de calcul.
Ce qui ne change pas — et ce qu'il faut vérifier avant de signer
Le principe général du cumul emploi-retraite libéralisé reste intact : liquider tous ses droits à taux plein, puis reprendre une activité sans contrainte de plafond. La surcote différentielle, elle, demeure une opportunité réelle pour ceux qui cotisent suffisamment longtemps après leur départ.
Quelques points méritent d'être vérifiés avant toute reprise d'activité en 2027 :
- S'assurer que la liquidation est bien complète — tous les régimes, de base comme complémentaires — avant de reprendre. Un oubli suffit à basculer dans le cumul plafonné.
- Vérifier auprès de son employeur ou de sa caisse si les cotisations versées après liquidation ouvrent effectivement droit à la surcote différentielle dans son régime.
- Anticiper l'impact d'un éventuel arrêt maladie sur la durée d'activité nécessaire pour que la surcote soit significative.
Le décret n'est pas encore publié. Son contenu peut évoluer d'ici à sa parution au Journal officiel. Mais le fait qu'il circule déjà en version projet, à deux mois de l'échéance, laisse peu de marge pour des révisions substantielles.
Une réforme dans la réforme
Ce décret s'inscrit dans le sillage de la loi retraite de 2023, dont les décrets d'application ont été publiés de façon échelonnée, parfois avec retard. La surcote différentielle elle-même n'a été précisée par décret qu'après plusieurs mois d'incertitude pour les assurés concernés. Ce calendrier fragmenté crée une difficulté réelle : ceux qui planifient un départ à court terme doivent composer avec des règles encore incomplètes.
Pour les personnes qui envisagent de partir en 2027 et de continuer à travailler, la prudence s'impose : attendre la publication officielle avant de prendre des décisions irréversibles, et ne pas se fier aux simulations réalisées avant la parution du texte définitif. Les caisses de retraite — Cnav, Agirc-Arrco, MSA selon les cas — seront les interlocuteurs les plus fiables une fois le décret publié.
Le cumul emploi-retraite reste une option utile. Mais ses règles ne sont pas figées, et chaque réforme en redessine les contours.
Source : Senioractu.com.
Article original : Lire la suite sur senioractu.com ↗