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LUNDI 2 NOVEMBRE 2026N° 147
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Santé·Article 2 sur 4

Des docteurs juniors déployés contre les déserts médicaux dès ce lundi : ce qu'ils peuvent faire pour vous, et ce qui reste à votre médecin traitant

Depuis le 2 novembre, une nouvelle figure fait son entrée dans les cabinets de médecine générale : le docteur junior. Dernière année de formation, premier contact avec la réalité des déserts médicaux — et pour les patients sans médecin traitant, une question légitime se pose aussitôt.

LUNDI 2 NOVEMBRE 2026·Par Régis Mayer

Une blouse blanche fraîchement repassée accrochée à un porte-manteau en métal, dans la lumière oblique d'un couloir de cabinet médical de province, un stéthoscope encore dans son emballage plastique posé sur le rebord d'une fenêtre.
Illustration générée par notre rédaction.

Trois mille jeunes médecins. C'est le nombre de docteurs juniors que la réforme votée en 2022 envoie désormais en stage de dernière année dans les cabinets de médecine générale, les maisons de santé et les centres de santé — en priorité dans les zones sous-dotées. Le dispositif n'est pas une rustine improvisée : il s'inscrit dans une refonte profonde du troisième cycle des études médicales, pensée précisément pour confronter les futurs généralistes à la réalité du terrain avant leur installation. Ce lundi 2 novembre marque le premier déploiement à grande échelle.

Qui sont ces docteurs juniors, exactement ?

Un docteur junior n'est pas un étudiant en médecine au sens habituel du terme. Il a déjà soutenu sa thèse, obtenu son diplôme de docteur en médecine, et accomplit sa dernière année de spécialisation — l'ancien "internat" reformaté. En médecine générale, ce cursus dure désormais quatre ans au lieu de trois. La quatrième année, c'est celle-ci : un exercice en autonomie supervisée, dans une structure de soins primaires, sous la responsabilité d'un médecin maître de stage.

Concrètement, il peut consulter seul, poser un diagnostic, rédiger une ordonnance. Il dispose d'un numéro RPPS — le numéro d'identification des professionnels de santé — et peut facturer des actes à l'Assurance maladie. Ce n'est pas un stagiaire qui observe : c'est un médecin qui exerce, avec un filet de sécurité.

Ce filet, justement, mérite d'être compris. Le maître de stage reste joignable, disponible pour valider les situations complexes ou inhabituelles. Les cas lourds — décompensation cardiaque, suspicion de pathologie grave, urgence psychiatrique — remontent vers lui. L'autonomie est réelle, mais encadrée. C'est précisément l'objet de cette année de transition.

Ce qu'il peut faire pour vous — et ce qui reste ailleurs

Pour la grande majorité des consultations courantes — renouvellement de traitement chronique, infection saisonnière, suivi d'hypertension équilibrée, certificat médical, bilan de routine —, le docteur junior est pleinement compétent. Sa formation est identique à celle de tout généraliste installé ; seule l'expérience accumulée diffère, et c'est précisément ce que cette année est censée construire.

Là où la prudence s'impose, c'est sur les situations qui exigent une connaissance fine du dossier sur plusieurs années, ou une décision engageant un parcours de soins complexe. Un patient polymédiqué depuis dix ans, un historique psychiatrique dense, une pathologie rare stabilisée de longue date : ces cas appellent naturellement la continuité assurée par le médecin traitant habituel, ou au moins une concertation explicite avec le maître de stage.

Ce n'est pas une question de compétence théorique — c'est une question de mémoire clinique. Un médecin qui vous connaît depuis des années lit une tension à 145 différemment selon ce qu'il sait de vous. Le docteur junior, lui, part d'une page blanche.

La question du médecin traitant

C'est la question que beaucoup se posent en silence : ce jeune médecin peut-il devenir mon médecin traitant ? La réponse est non — pas encore, pas dans ce cadre. Le statut de docteur junior est transitoire par définition. Il ne peut pas s'inscrire comme médecin traitant déclaré auprès de l'Assurance maladie tant qu'il n'a pas obtenu son diplôme de spécialité, prévu à l'issue de cette quatrième année.

En revanche, rien n'empêche qu'une relation de confiance s'installe pendant ces douze mois. Et si ce médecin choisit de s'installer dans la même zone à l'issue de sa formation — ce que le dispositif espère encourager —, la continuité devient possible. C'est d'ailleurs l'un des paris implicites de la réforme : que l'ancrage territorial pendant la formation favorise l'installation durable. Les études sur les internes de médecine générale montrent que le lieu de stage influence significativement le lieu d'installation ultérieure.

Un désert qui ne se repeuple pas par décret

Trois mille docteurs juniors déployés en un an, c'est un chiffre réel — mais il faut le mettre en regard de l'ampleur du problème. Selon les données de la DREES, plus de six millions de personnes en France n'ont pas de médecin traitant déclaré. Les zones sous-dotées concentrent les difficultés d'accès les plus aiguës, souvent là où la démographie médicale s'est effondrée en vingt ans sans que les installations nouvelles ne compensent les départs en retraite.

Le docteur junior n'est pas une solution structurelle. Il est une présence supplémentaire, temporaire, dans des territoires qui en manquent. Ce que la réforme tente, c'est de transformer cette présence en habitude — que ces jeunes médecins découvrent la médecine générale de ville non pas comme un pis-aller, mais comme un exercice à part entière, varié, ancré, humainement dense.

Si vous croisez l'un d'eux ce mois-ci dans votre cabinet habituel, la bonne posture est simple : lui faire confiance pour ce qu'il sait faire, lui signaler ce qui demande la mémoire de votre dossier, et ne pas hésiter à demander que le maître de stage soit associé si la situation le justifie. Ce n'est pas de la méfiance — c'est de la coopération.

Source : Senioractu.com.

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