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LUNDI 2 NOVEMBRE 2026N° 147
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Santé·Article 1 sur 4

Remboursement des cures thermales : le gouvernement veut confier 200 millions d'euros aux mutuelles, qui ne sont pas tenues de payer votre cure

Le gouvernement envisage de transférer aux mutuelles le remboursement des cures thermales, aujourd'hui pris en charge par l'Assurance maladie. Une réforme qui pourrait tout changer selon votre contrat — et selon votre région.

LUNDI 2 NOVEMBRE 2026·Par Fabrice Crozier

Une paire de sandales de bain posée sur le carrelage humide d'un couloir thermal, éclairée par la lumière blanche filtrant d'une fenêtre en verre dépoli, photographiée en plongée légère sur fond de faïence vert d'eau.
Illustration générée par notre rédaction.

Deux cents millions d'euros. C'est la somme que l'Assurance maladie consacre chaque année au remboursement des cures thermales. Le gouvernement veut s'en délester — et confier cette charge aux complémentaires santé. Une décision présentée comme un rééquilibrage budgétaire, mais qui pourrait, en pratique, transformer une prise en charge quasi-universelle en une loterie contractuelle.

Ce que couvre l'Assurance maladie aujourd'hui

Depuis des décennies, les cures thermales dites "médicales" — prescrites par un médecin pour des affections reconnues : rhumatologie, voies respiratoires, troubles digestifs, neurologie, phlébologie — bénéficient d'un remboursement partiel de la Sécurité sociale. L'Assurance maladie prend en charge une partie des forfaits de surveillance médicale et des soins thermaux, à hauteur d'environ 70 % de la base de remboursement. Le reste — le ticket modérateur — est habituellement couvert par les mutuelles.

Ce système, imparfait mais lisible, garantit une base commune à tous les assurés, quelle que soit leur complémentaire. C'est précisément cette base que le gouvernement envisage de supprimer.

Le transfert aux mutuelles : une fausse neutralité

L'argument avancé est celui de la rationalisation : les cures thermales seraient un poste où la dépense publique pourrait être allégée sans conséquence grave sur la santé des assurés. Les mutuelles, dit-on, prendraient le relais. Mais "prendraient" est ici un conditionnel lourd de sens.

Les organismes complémentaires ne sont soumis à aucune obligation légale de rembourser les cures thermales. Contrairement au panier de soins minimal imposé par la loi dans le cadre des contrats responsables, le thermalisme n'est pas une garantie plancher. Chaque mutuelle décide librement d'inclure ou non cette couverture, et à quel niveau. Résultat : selon votre contrat, votre cure pourrait être remboursée à 100 %, partiellement, ou pas du tout.

Cette disparité existe déjà pour le ticket modérateur. Elle deviendrait structurelle si la part Sécu disparaissait. Les assurés les moins bien couverts — souvent ceux aux revenus modestes, qui ont souscrit des contrats d'entrée de gamme — seraient les premiers pénalisés.

Les villes thermales en première ligne

La France compte une soixantaine de stations thermales actives, de Vichy à Dax, de Bagnères-de-Luchon à Amélie-les-Bains. Ces villes, souvent situées en zone rurale ou de montagne, tirent une part significative de leur économie locale du thermalisme médical. Les curistes représentent non seulement une clientèle pour les établissements de soins, mais aussi pour l'hôtellerie, la restauration, le commerce de proximité.

Les élus de ces territoires — toutes sensibilités politiques confondues — ont exprimé leur opposition à la réforme. Leur crainte est directe : si le remboursement devient incertain, une partie des curistes renoncera à partir. La fréquentation baisserait, et avec elle, l'activité économique de régions qui n'ont guère d'alternative.

Le Conseil national des établissements thermaux estime que plusieurs centaines de milliers de cures sont prescrites chaque année en France. Une contraction même modeste de ce volume aurait des effets sensibles sur l'emploi local — un argument que les parlementaires des circonscriptions concernées ne manqueront pas de faire valoir lors des débats budgétaires.

Ce que vous devez vérifier avant 2027

La réforme n'est pas encore votée. Elle s'inscrit dans les discussions sur le budget de la Sécurité sociale, et son calendrier reste incertain. Mais l'intention est posée, et il serait imprudent de l'ignorer si vous avez l'habitude de partir en cure ou si votre médecin vous l'a recommandé.

Trois réflexes s'imposent dès maintenant. D'abord, relire votre contrat de complémentaire santé pour identifier ce qu'il prévoit explicitement sur le thermalisme — le mot doit y figurer, avec un montant ou un pourcentage. Ensuite, interroger votre mutuelle sur ses intentions : certaines ont déjà annoncé qu'elles maintiendraient ou renforceraient leur couverture en cas de désengagement de l'Assurance maladie ; d'autres restent silencieuses. Enfin, si vous envisagez de changer de complémentaire lors du prochain renouvellement, intégrer ce critère dans votre comparaison — au même titre que l'optique ou le dentaire.

Le thermalisme médical n'est pas un luxe de villégiature. Pour des pathologies chroniques — arthrose, bronchopneumopathie, insuffisance veineuse —, c'est souvent un traitement reconnu, prescrit, et dont l'efficacité est documentée dans la littérature médicale.

La vraie question que pose cette réforme n'est pas budgétaire. Elle est politique : accepte-t-on qu'un soin prescrit par un médecin soit remboursé différemment selon la mutuelle que l'on a les moyens de se payer ? La réponse appartient au débat parlementaire. Mais ses conséquences, elles, seront individuelles.

Source : Senioractu.com.

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