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LUNDI 31 AOÛT 2026138
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Finances·Article 2 sur 4

Le gel de votre départ en retraite s'arrête en 2028 : Villepin veut supprimer l'âge pivot et faire contribuer votre pension à la CSG

Dominique de Villepin a confirmé sa candidature à la présidentielle de 2027 et esquissé une réforme des retraites radicalement différente de celle de 2023 : abandon de l'âge pivot, prise en compte des conditions de travail, et bascule massive des cotisations vers la CSG — une logique qui toucherait directement les pensions en cours.

LUNDI 31 AOÛT 2026·Par Fabrice Crozier

Une liasse de bulletins de salaire jaunis et un avis de liquidation de retraite posés sur une table en bois clair, éclairés en lumière rasante de fin d'après-midi, le tout légèrement froissé comme si on venait de les relire.
Illustration générée par notre rédaction.

Le gel de l'âge légal de départ en retraite prend fin en 2028 — c'est mécanique, inscrit dans la loi de 2023. Ce que l'on sait moins, c'est que cette date coïncide presque exactement avec une prochaine présidentielle, et que les prétendants à l'Élysée commencent déjà à jouer leur partition sur le sujet. Dominique de Villepin, invité de BFMTV le dimanche 30 août, a confirmé sa candidature pour 2027 et posé les grandes lignes d'une vision des retraites en rupture nette avec la réforme Borne.

Sortir de la logique de l'âge pivot

L'âge pivot — ou âge d'équilibre — est l'un des concepts les plus contestés des dernières décennies de débat social français. Il désigne l'âge à partir duquel un assuré peut partir sans décote, indépendamment de sa durée de cotisation. La réforme de 2023 a repoussé l'âge légal à 64 ans et allongé la durée de cotisation requise, mais elle n'a pas tranché la question de fond : à quel moment une société considère-t-elle qu'un individu a suffisamment travaillé ?

Villepin propose de déplacer le curseur. Plutôt qu'un âge fixe, il défend une approche qui tient compte de l'espérance de vie — différenciée selon les catégories socioprofessionnelles, les territoires, les expositions professionnelles — et des conditions réelles de travail. Ce n'est pas une idée neuve : le rapport Delevoye de 2019 avait effleuré la pénibilité, avant que les critères soient progressivement vidés de leur substance dans les arbitrages successifs. Ce que Villepin remet sur la table, c'est l'idée que l'équité ne se mesure pas en années calendaires identiques pour tous.

Sur le papier, la logique séduit. Dans les faits, elle suppose un appareil statistique et administratif d'une complexité considérable : comment mesurer objectivement la pénibilité d'un poste de caissière, d'un conducteur de bus de nuit, d'un aide-soignant en Ehpad ? Les tentatives passées — le compte professionnel de prévention, les critères ergonomiques abandonnés en 2017 — montrent que l'obstacle est autant politique que technique.

Le projet fiscal : 200 milliards basculés vers la CSG

Deux jours avant son passage sur BFMTV, Villepin publiait un projet fiscal d'une tout autre ampleur. L'idée centrale : transférer plus de 200 milliards d'euros de cotisations sociales vers la contribution sociale généralisée. Ce basculement n'est pas anodin pour les retraités.

La CSG frappe l'ensemble des revenus — salaires, mais aussi pensions de retraite, revenus du capital, allocations. Son taux sur les retraites est aujourd'hui de 8,3 % pour la majorité des pensionnés, contre 6,2 % sur les salaires (avant abattement). Un élargissement de l'assiette CSG au détriment des cotisations patronales modifierait mécaniquement le poids relatif supporté par chaque catégorie de contribuables. Les retraités, dont les revenus sont déjà soumis à la CSG et à la CRDS, entreraient de plain-pied dans ce recalibrage.

Villepin n'a pas, à ce stade, détaillé si les taux applicables aux pensions seraient maintenus, relevés ou compensés par d'autres allègements. C'est précisément ce silence qui mérite attention : dans tout projet de bascule cotisations-CSG, le diable loge dans les taux différenciés et dans les mécanismes de compensation pour les bas revenus.

2027 : un débat sur les retraites qui s'ouvre tôt

La réforme de 2023 reste l'une des plus impopulaires de la Ve République. Aucun gouvernement depuis n'a osé la remettre en cause frontalement, mais aucun ne l'a non plus défendue avec conviction. Ce flottement crée un espace politique que plusieurs candidats potentiels cherchent à occuper.

Villepin n'est pas le seul. La gauche unie autour du NFP a fait de l'abrogation des 64 ans son étendard. Marine Le Pen a soufflé le chaud et le froid sur le sujet. Emmanuel Macron, lui, a lié son quinquennat à cette réforme au point de ne pouvoir en bouger sans se déjuger. Le résultat : une question centrale pour des millions de personnes qui approchent ou ont dépassé la soixantaine reste en suspens, otage des calendriers électoraux.

Pour ceux qui ont entre 58 et 63 ans aujourd'hui, l'enjeu est concret et immédiat. Partir à 62 ans comme la loi le permettait avant 2023, ou attendre 64 ans comme elle l'exige désormais, représente une différence de revenus cumulés qui peut dépasser 30 000 euros sur une décennie, selon les niveaux de pension. Les promesses de campagne sur ce terrain ne sont donc pas des abstractions idéologiques : elles ont un prix, une date, un impact sur des décisions déjà prises ou en cours.

Ce que Villepin a mis sur la table dimanche soir, c'est une vision cohérente dans ses intentions, encore floue dans ses mécanismes. La campagne de 2027 commence à peine ; les arbitrages chiffrés viendront — ou ne viendront pas. D'ici là, il est utile de suivre ces annonces avec la même rigueur qu'on lirait un contrat : en cherchant ce qui n'est pas écrit autant que ce qui l'est.

Source : Senioractu.com.

Article original : Lire la suite sur senioractu.com

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